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Grands-parents, sentinelles de l’espérance

Dans un monde troublé,  Marguerite Léna,  membre de la communauté saint François-Xavier et enseignante, nous aide à donner encore plus de sens à notre espérance.

L’espérance, une attitude de vie

 

Dans ce temps où l’avenir est indéchiffrable et le présent obscur, parler d’espérance semble hors saison. Pourtant c’est précisément dans ces moments-là que l’espérance chrétienne est chez elle, prête à nous ouvrir des chemins dans le brouillard. Peut-être même,particulièrement aujourd’hui, les grands-parents sont-ils appelés par leurs petits enfants à se faire pour eux « sentinelles de l’espérance ».

Nous avons mille espoirs pour eux : de santé, de réussite affective, scolaire, professionnelle…  Tous ces espoirs qui se portent sur des biens précieux les aident à grandir dans la confiance ; comme le beau titre d’un beau film, ils disent implicitement à l’enfant « Va, vis et deviens ». Mais il me semble que l’espérance va plus loin et vise plus haut. Elle ne se définit pas d’abord par le ceci ou le cela qui est attendu, mais de manière bien plus globale, plus profonde aussi : elle est une attitude devant la vie, et même une attitude de vie.

On a pu la décrire comme « une espèce nue et désarmée du désir ». Quand vient l’âge, les situations de santé ou de retraite, souvent aussi l’éloignement des proches, nous dépouillent peu à peu de beaucoup des ingrédients de nos désirs, des combats menés pour leur donner corps ou pour en maintenir l’élan. L’âge dénude et désarme. Mais c’est alors que le désir peut devenir « le cordon ombilical de la plus haute vie », ouvrir nos yeux sur l’essentiel, nous rendre disponibles pour une nouvelle qualité de présence aux êtres et au monde. Ce mode de présence rejoint souvent celui des enfants et des pauvres et fait de nous leurs complices. « La tradition de l’humble espérance est entre les mains des pauvres », écrivait Georges Bernanos.

Une autre mesure du temps

 

Quiconque se veut sentinelle de l’espérance découvre alors une autre mesure du temps. Ce n’est plus le temps des projets, des planifications et des anticipations. C’est une temporalité humble, qui se sait limitée quant au calendrier, une temporalité patiente, qui renonce à prévoir et à maîtriser un avenir qui lui appartient moins que jamais. « Vouloir voir ou imaginer l’avenir, c’est faire de l’espérance-fiction, et il me semble que c’est une certaine façon de la violer », écrivait le P. Christian de Chergé, prieur de Thibirine. Ici encore, dans cette insouciance retrouvée, nous rejoignons les enfants qui goûtent le présent pour lui-même sans l’encombrer de l’avenir. 

Un rayonnement silencieux

 

Une sentinelle à l’oreille fine, aux aguets. Elle peut alors entendre, comme « un bruit de fin silence », la croissance secrète des énergies pascales à l’œuvre dans ce monde, le travail de Dieu au cœur de la violence des hommes, les échos, infimes mais infinis, qui bruissent à partir du moindre acte de bonté. Car la « petite bonté » quotidienne sait se glisser jusque dans les situations les plus tragiques, et nul ne sait où cesse sa résonance. Si nous y habituons notre ouïe et notre regard, nous devenons capables d’y joindre notre note propre et d’aider d’autres à l’entendre. Sentinelles de l’espérance en un monde qui doute de son avenir, nous contribuerons alors, auprès de nos petits-enfants, à son rayonnement silencieux dans leur vie. 

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