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Le pont, poème de Victor Hugo

Victor Hugo a connu le deuil successif de deux de ses enfants, Léopoldine et Charles. À travers des poèmes souvent sombres, il interroge Dieu. Heureusement, ses petits-enfants sont là, qu’il aime profondément et le maintiennent en vie.

Le Pont

J’avais devant les yeux les ténèbres. L’abîme
Qui n’a pas de rivage et qui n’a pas de cime,
Était là, morne, immense ; et rien n’y remuait.
Je me sentais perdu dans l’infini muet.
Au fond, à travers l’ombre, impénétrable voile,
On apercevait Dieu comme une sombre étoile.
Je m’écriai : – Mon âme, ô mon âme ! il faudrait,
Pour traverser ce gouffre où nul bord n’apparaît,
Et pour qu’en cette nuit jusqu’à ton Dieu tu marches,
Bâtir un pont géant sur des millions d’arches.
Qui le pourra jamais ! Personne ! ô deuil ! effroi !
Pleure ! – Un fantôme blanc se dressa devant moi
Pendant que je jetai sur l’ombre un œil d’alarme,
Et ce fantôme avait la forme d’une larme ;
C’était un front de vierge avec des mains d’enfant ;
Il ressemblait au lys que la blancheur défend ;
Ses mains en se joignant faisaient de la lumière.
Il me montra l’abîme où va toute poussière,
Si profond, que jamais un écho n’y répond ;
Et me dit : – Si tu veux je bâtirai le pont.
Vers ce pâle inconnu je levai ma paupière.
– Quel est ton nom ? lui dis-je.

Il me dit : – La prière.

Victor Hugo,
Les contemplations

Récité par Marion Cotillard lors de la soirée de réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 7 décembre 2025.

A lire aussi:  « Trois contes pour dire la mort autrement »  avec des mots d’enfants.

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Cette publication a un commentaire

  1. Armelle

    Merci pour ce poème ! Je vous recommande aussi « Jeanne au pain sec » (pour un enfant de 8ans ou plus) de Victor Hugo sur la complicité pleine d’humour entre le poète et sa petite-fille. Dans le recueil l’art d’être grand-père. Je l’ai souvent fait étudier et apprendre par des 5e.

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