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5 dispositions spirituelles pour aimer sans frontières

 

 

 

par Catherine Henry, théologienne, accompagnatrice spirituelle, mère et grand-mère.

Nous ne l’avions pas envisagé et nous voilà « grands-parents à distance », parfois à des milliers de kilomètres et plusieurs fuseaux horaires de nos petits-enfants. Une situation suffisamment déroutante pour faire l’objet de  propositions nombreuses sur internet, du partage de ressources bibliographiques, idées de jeux à distance jusqu’à des groupes de soutien, voire des formations en ligne. 

Comment aborder ce sujet dans une perspective chrétienne : quelles sont nos ressources dans la foi pour nous adapter et être inventifs ? Comment collaborer avec l’Esprit-Saint au service de quelle visée spirituelle dans notre rôle de grands-parents ?

Quelle est la mission chrétienne des grands -parents à distance ?

Apprendre la gratuité de l’amour

Grands-parents à distance, nous sommes privés des contacts mais aussi de la possibilité d’aider dans le quotidien. Ces manques peuvent nous ouvrir à l’absolue gratuité de l’amour : Comment recevons-nous l’amour que nous portent nos petits-enfants ? Y répondons-nous en nous ouvrant à la gratitude, « réponse gratuite à un don gratuit » ? Ainsi nous pourrons devenir des médiateurs de la bénédiction de Dieu, qui dit du bien et veut du bien à chacun totalement gratuitement ?

 Incarner un amour sans condition

Grands-parents à distance, nous sommes invités à donner un visage à l’amour inconditionnel de Dieu. Les tensions et négociations du quotidien nous étant épargnées, nous pouvons apprendre à développer une bienveillance et une espérance sans condition et incarner un amour qui tient dans la durée quelles que soient les situations et les difficultés…

Découvrir chaque petit-enfant dans son unicité

Grands-parents à distance, nous communiquons avec nos petits-enfants par des outils (téléphone, vidéo…)  qui privilégient des relations en tête à tête. C’est une belle opportunité pour découvrir et soutenir l’identité spécifique de chacun de nos petits-enfants. Qu’est ce qui saurait mieux témoigner de cet amour absolument unique dont chacun de nous est aimé par le Père ? 

Résister au piège du jugement à distance

Grands-parents à distance, un danger nous menace de « figer nos petits-enfants dans l’instantané ». Le quotidien n’apportera pas les mille nuances qui modulent l’évaluation d’une situation et nous risquons de porter des jugements à partir de situations  ponctuelles. Comment nous appuyer sur l’amour de Dieu pour chacun pour aimer nos petits-enfants comme des êtres en croissance. Et faire nôtres ces dispositions spirituelles que propose l’apôtre Paul : « L’amour prend patience, (…)  il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout » (1Co 13, 4,7)

Choisir ses mots avec soin et charité

Grands-parents à distance, nous voulons aimer nos petits-enfants en amour et en vérité. Quand une situation nous blesse ou nous inquiète, la décision d’en parler – et à qui ? – est rendue plus délicate par la situation d’éloignement. Le quotidien ne permettra pas de corriger ce qui aura été dit ou pensé de manière trop rapide. Nous sommes plus que d’autres grands-parents invités à la vigilance et la délicatesse dans nos prises de parole, animées par l’amour et la charité.

Au fil des jours en distanciel 

    Après les retrouvailles des vacances, nous retournons dans l’ordinaire des relations qui se font donc à distance. Comment garder au cœur ce que nous cherchons à vivre profondément, et nous atteler avec fidélité et créativité à ce rôle jamais écrit d’avance d’être «artisans du lien» ? 

    Des ressources existent pour nous donner des idées concrètes et  cette newsletter en donne un précieux repérage. Quels sont les moyens pour communiquer à distance – sans oublier la vertu du courrier à l’ancienne ? Comment partager ou jouer à distance ? lire ensemble un livre d’images ? Il existe des sites internet et des applications dédiées dont les possibilités sont très riches, à nous de nous y intéresser, ou d’impliquer nos petits-enfants eux-mêmes dans cette recherche. 

    Enfin pensons-nous à nous situer dans la puissante forme de communication qu’est la communion des saints ? Celle-ci procède de l’union spirituelle profonde entre tous les croyants, présents ou absents, morts ou vivants – qui forment un seul corps spirituel uni en Jésus-Christ. La communion des saints transforme ainsi nos itinéraires individuels en une vie relationnelle élargie : nous prions, agissons, espérons… toujours en lien avec les autres, visibles et invisibles. « Nos existences sont en profonde communion entre elles, elles sont reliées les unes aux autres. Continuellement, la vie des autres entre dans ma vie : en ce que je pense, dis, fais, réalise. Et vice versa, ma vie entre dans celle des autres : dans le mal comme dans le bien. Ainsi mon intercession pour quelqu’un n’est pas du tout quelque chose qui lui est étranger, extérieur, pas même après la mort. » (Benoit XVI, Spe salvi n°48).

    Pensons-nous assez à  prier sans cesse pour nos enfants et petits-enfants ? Mais aussi demander à l’Esprit-Saint de faire entrer la consolation et la paix dans nos histoires familiales blessées qui ont pu endommager les liens. Même quand nous avancerons en âge et que nos forces diminueront, nous pourrons continuer d’œuvrer dans le mystère de la communion des saints pour nos vivants et les morts de nos familles -par-delà toute distance – ainsi que pour notre propre conversion. 

    En conclusion, être grands-parents à distance, une chance

    Par delà les manques et la douleur parfois d’être si éloignés, être des grands-parents à distance peut être la source d’un décentrement fécond. Nous ne sommes plus comme aux générations précédentes le « centre du repas dominical » mais d’humbles serviteurs des liens, dans un ajustement permanent. La distance évite la routine et peut devenir un lieu de créativité si nous pensons à l’ouvrir sans cesse à l’Esprit-Saint. Il nous rendra attentif aux besoins de chacun et nous établira dans une foi plus profonde. « Celui qui vous appelle est fidèle, c’est Lui encore qui agira » (1 Th 5,24)

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