Quel défi que d’adresser un message au grand-parent d’aujourd’hui : y a-t-il quelque chose de nouveau à dire de cette figure dont la simple évocation peut faire pâlir d’inquiétude les quinquagénaires en mal d’une jeunesse éternelle et les démographes d’une Europe vieillissante ? Oui, si l’on en croit les chiffres : impliquée, engagée, bousculée : c’est le moment de penser à frais nouveaux le rôle d’une génération qui a pris un sacré coup de jeune !
Une génération charnière
Loin des images d’Épinal de la grand-mère grisonnante, les mamies d’aujourd’hui endossent ce nouveau dossard encore jeunes : 53 ans en moyenne pour la naissance du premier petit-enfant, ce sont des femmes et des hommes encore actifs qui découvrent cette nouvelle étape.
Parfois parent lui-même d’enfants encore adolescents, le grand-parent d’aujourd’hui n’est donc pas à distance de la réalité de ses petits-enfants ; une force qui pourra voir émerger une belle complicité et une compréhension naturelle de son environnement, mais qui ne doit pas empêcher la prise de distance souhaitable avec les parents, premiers éducateurs de leurs enfants. C’est certainement un premier défi pour beaucoup que de trouver cette posture nouvelle, de back office plus que de première ligne.
Être grand-parent n’est pas un état de droit, mais une invitation.
Si la place des parents est évidente, nourricière, éducative, celle des grands-parents relève plutôt de l’appui, de l’aide de camp, de l’ancrage. Passer de l’agir à l’être, de la parole à l’écoute, du projet à la disponibilité : c’est la délicate ligne de crête à tenir auprès de ses petits-enfants et qui invite à apprivoiser un être nouveau : grand-parent.
Être grand-parent est une place à recevoir de ses propres enfants
Faut-il attendre d’occuper le siège que l’on vous désigne ou venir s’asseoir là où l’on se sent à l’aise ?
Une conversion souhaitable : le grand-parent est aussi parent du parent et voit advenir ce mystère de la génération nouvelle. Il est intéressant de comprendre le renversement qui s’opère ici et peut parfois prendre du temps ou nécessiter un dialogue sincère.
Co-éducateur ou auxiliaire de vie ?
Lorsque l’enfant paraît, émergent pourtant des questions nouvelles : faut-il se présenter à l’accueil de la maternité dès le premier jour ? Comment va-t-il m’appeler ? Quel grand-parent serai-je ? La peur du faux pas, du pas de trop, du mot de trop, du mot d’antan : un défi donc pour toute une génération de nouveaux grands-parents, bien conscients qu’il faut réinventer le modèle, mais sans trop savoir comment.
Présents, différemment !
Les grands-parents sont sur le pont : présents en moyenne 21 jours par an auprès de leurs petits-enfants (ce qui masque naturellement des réalités disparates), ils prennent place dans la constellation familiale. Pour certains de manière régulière, leur place s’inscrit dans un quotidien bien rôdé, pour d’autres pendant les vacances, qui restent traditionnellement le temps privilégié de ces rapprochements entre les générations : tous sont charge d’âme et soucieux d’embrasser ce nouveau rôle avec justesse.
Quels repères pour la grand-parentalité ?
La littérature sur la parentalité est foisonnante, parfois pléthorique, et constitue un appui certain pour les jeunes parents. Rien de semblable concernant la grand-parentalité, dont on estime peut-être qu’elle est naturelle, intuitive voire secondaire. L’Église, dans sa sagesse profonde, nous invite à méditer aujourd’hui sur la place des grands-parents dans un monde qui peine à maintenir l’enracinement, la transmission d’une histoire familiale et envisage trop souvent le vieillissement sous le prisme de la disparation, de la perte.
Être grand-parent est une sérieuse mission de veilleur, de passeur d’histoire, que le recul du temps et de l’expérience permet volontiers. Tel un renfort face aux tempêtes, le grand-parent en a vu d’autres et tient sur ses appuis. Parce qu’il sait que le temps file, il aime lui redonner du temps, et n’a pas le temps d’en perdre avec l’inutile.
Lorsque le Pape François institue, en 2021, la Journée mondiale des Grands-parents, il nous invite à considérer ce rôle non plus seulement comme celui de personnes auxquelles il faudrait porter une attention particulière, mais comme parties prenantes de l’éducation de leurs petits-enfants ; c’est tout l’enjeu de notre réflexion : comment entrer dans la constellation éducative sans prendre un rôle qui ne nous échoit pas ?
L’intergénérationnel au service de notre salut.
Dans l’encyclique Fratelli tutti, le Saint-Père nous rappelle que personne n’est sauvé seul. Dans cette perspective, il est nécessaire de conserver précieusement la richesse spirituelle et humaine qui a été transmise à travers les générations. Le grand-parent est passeur d’histoire à travers le charisme qui lui est propre. Si nul n’est prophète en son pays, tout est à inventer pour cette vie nouvelle : quelle plus belle feuille de route pour trouver sa juste place ?
Anne Gavini


Merci pour cette belle et sympathique initiative des Grands Veilleurs!
Bravo pour cette 1ère news et tous mes vœux pour ce Grand projet!