Interview par Anne Gavini
Comment les grands-parents peuvent-ils accompagner leurs enfants dans la vie à accueillir ? Notamment la vie d’un enfant fragile ou porteur de handicap ? Laurence Henry nous apporte quelques pistes issues de sa riche expérience.

Aujourd’hui professeur de philosophie et doctorante, Laurence Henry a longtemps exercé en tant qu’infirmière en unité de néo-natologie à l’hôpital Saint-Joseph (Paris 14).
Auteur de On ne peut imposer ça à personne, aux éditions Salvator, elle intervient auprès de publics de soignants sur toute la France, pour sensibiliser aux enjeux éthiques de l’accueil de la vie.
Accueillir la vie
L’expression accueillir la vie peut être très choquante pour des personnes qui ne sont pas baignées dans la cathosphère ! Accueillir la vie à tout prix peut faire peur, car accueillir la vie d’un enfant fragile ou handicapé est synonyme d’un bouleversement important pour tous les membres de la famille. Leur propre vie va être remise en cause, et il faut entendre cela, sans jugement. Dans la réalité que j’ai pu vivre en tant que soignante, les grands-parents d’enfants handicapés ou malades sont souvent des acteurs majeurs de la famille.
Leur rôle est précieux. Ils aident et soutiennent beaucoup leurs enfants, de mille manières : accompagner aux consultations médicales nombreuses que nécessite la prise en charge du petit-enfant, s’occuper des autres enfants de la fratrie, prendre le relais à l’hôpital ou à la maison pour soulager le parent. De l’aide, de l’aide et encore de l’aide…
Quelles pistes de réflexion pour accueillir cet enfant fragile ou malade ? L’arrivée d’une vie fragile interroge sur sa propre vie ?
Dans mon livre, On ne peut imposer cela à personne, je reprends une expression que l’on entend souvent pour justifier l’aide à mourir. Or, on ne se demande pas si un enfant dit « normal » est une vie que l’on impose ; elle est offerte, elle advient, avec ses spécificités. La vie fragile n’est donc pas un fardeau que l’on impose à une fratrie ou des parents. Comme toute vie, elle est donnée sans condition. Et les parents ont besoin d’entendre qu’ils ne vont pas peser sur leur entourage, mais que leur entourage se réjouit de cette vie, tout court. « Toi, mon fils, tu n’es pas la cause de cette vie, mais tu vas l’aider à recevoir cette vie nouvelle ».
Recevoir ma propre vie
En tant que grand-parent, nous voyons nos forces parfois baisser, nos corps changer, nos capacités intellectuelles diminuer et sommes aimés au-delà de ces faiblesses. Accueillir la vie, c’est l’accueillir sans condition d’efficacité ou de réalisation. « Mes petits-enfants m’aiment sans condition, je suis le témoin que l’accueil de la vie n’est pas lié à un état de vie mais à une disposition de cœur » dit un grand-père.
Les grands-parents sont les premiers à pouvoir aider leurs enfants à accueillir la vie d’un petit-enfant fragile ; ils incarnent la faiblesse que l’on redoute chez l’autre, en cela, ce sont des témoins précieux.
Un cœur qui écoute.
« Je comprends que tu sois inquiète – peut-on dire à sa belle-fille- ça va être difficile, mais je serai là pour toi, pour lui ». L’accueil de la vie d’un enfant différent demande du temps, de l’écoute et de saisir la difficulté que cela constitue.
Se tenir aux côtés des parents, sans nier la souffrance, l’inquiétude ou la peur, sont des étapes indispensables.
Se réjouir.
Annoncer la naissance à ses amis avec joie, porter une parole positive, se réjouir de la beauté du bébé né : autant d’actes d’amour qui ne réduisent pas l’enfant à son handicap, mais redisent son irréductible humanité. « Puis-je partager la photo du bébé à mes bonnes amies ? Comme il ressemble à son papa ! » : toutes ces paroles, que l’on peut dire à l’occasion d’une naissance, sont des marques d’adoption et d’accueil de l’enfant. Les grands-parents qui les prononcent facilitent l’accueil des choses.
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